Ressources insuffisantes dans le prochain CFP
L'exemple le plus frappant est l'enveloppe de 2 milliards d'euros réservée à la politique de la pêche et à la politique maritime dans le cadre des plans de partenariat nationaux et régionaux, un instrument clé de mise en œuvre du prochain budget de l'UE.
Ce montant est bien loin de l'ambition du Pacte pour les océans, qui vise à faire de l'océan une priorité stratégique pour l'avenir environnemental, économique et géopolitique de l'Europe. Plus inquiétant encore, il existe un risque réel que ces ressources finissent par être réduites au seul soutien de la politique de la pêche.
La politique commune de la pêche reste un pilier essentiel de la gouvernance maritime de l’UE. Pourtant, l’agenda maritime s’étend aujourd’hui bien au-delà de la pêche, englobant la résilience climatique, l’énergie, le commerce, la recherche, les systèmes alimentaires, la sécurité maritime et l’influence politique.
C’est cette perspective stratégique élargie qui a motivé la création du Pacte pour les océans, et le budget devrait en tenir compte.
Au-delà de cette enveloppe dédiée, la Commission fait valoir que les objectifs liés aux océans se reflètent dans l’architecture plus large du CFP, notamment à travers les ressources de cohésion, les instruments de compétitivité, les programmes de recherche et l’action extérieure.
Cependant, une grande partie de ce soutien reste incertaine, indirecte ou subordonnée aux choix politiques futurs des États membres. L’océan est présent dans l’ensemble de la proposition, mais rarement en tant que priorité politique claire à part entière.
Ce décalage est frappant compte tenu de la dynamique politique autour de la gouvernance des océans générée par le Pacte pour les océans et sa future transposition législative via l’Acte pour les océans, qui représente une occasion rare de transformer des ambitions en règles contraignantes de l’UE.
Vers une Union européenne des océans
Si l’Ocean Act a vocation à devenir l’ossature opérationnelle d’une véritable Union européenne de l’océan, le budget doit fournir les ressources nécessaires pour soutenir cette transformation.
Le Parlement a déjà signalé la nécessité d’un changement de cap en proposant d’augmenter le fonds dédié, de 2 milliards d’euros à environ 7,3 milliards d’euros, conformément au niveau actuel des dépenses maritimes et halieutiques dans le cadre du CFP en vigueur, ajusté à l’inflation.
Si cette proposition constitue une correction nécessaire, la prochaine phase des négociations devra encore renforcer à la fois l’ambition et l’alignement avec le Pacte européen pour l’océan.
Un budget dédié au Pacte pour l’océan et au futur Ocean Act permettrait de poursuivre plusieurs objectifs simultanément : financer la conservation et la restauration, soutenir les secteurs durables de l’économie bleue et réorienter le soutien public, en l’éloignant des subventions préjudiciables à l’environnement, vers une pêche artisanale à faible impact.
Un tel investissement serait particulièrement important dans les bassins maritimes vulnérables, tels que la mer Baltique et la Méditerranée, où la dégradation des écosystèmes marins affecte de plus en plus la biodiversité, la pêche et les moyens de subsistance des communautés côtières.
Des investissements ciblés généreraient également des retombées économiques significatives. Les données disponibles montrent que chaque euro investi dans la gestion durable de l’océan peut produire au moins cinq euros de bénéfices.
Il n’y a aucune contradiction entre le renforcement de la compétitivité, de la sécurité et de la résilience de l’Europe et l’investissement dans l’océan.
L’océan est l’espace par lequel l’Europe commerce, protège ses frontières, développe les énergies renouvelables, projette son influence géopolitique et répond aux bouleversements climatiques. L’Union européenne ne peut aspirer à devenir une puissance maritime crédible tout en considérant le financement de l’océan comme secondaire.
Le prochain budget de l’UE déterminera si le Pacte pour l’océan deviendra un véritable projet stratégique ou s’il restera une ambition politique de plus, dépourvue des moyens nécessaires à sa mise en œuvre.




