L’Union européenne, puissance maritime de longue date dont 75 % du commerce extérieur et 99 % des flux mondiaux de données dépendent de la mer, est confrontée à des vulnérabilités croissantes de ses infrastructures en raison des menaces hybrides, de la militarisation des bassins maritimes et de la prolifération de flottes parallèles illicites. Cette note d’orientation analyse l’évolution stratégique et conceptuelle de la sécurité maritime de l’UE au cours des deux dernières décennies et retrace comment, dans ce cadre, les questions de protection du milieu marin ont été progressivement intégrées. La Politique maritime intégrée (PMI) de 2007 a marqué une étape fondamentale : elle a introduit un modèle de gouvernance intersectorielle en établissant que la sécurité, la durabilité environnementale et le développement économique sont des éléments qui se renforcent mutuellement. Bien que le lien entre sécurité et environnement n’ait été qu’implicite à ce stade, il a ouvert la voie au lien explicite entre climat et sécurité, formalisé dans la mise à jour de 2023 de la Stratégie de sécurité maritime de l’UE (EUMSS). Ce cadre actualisé reconnaît que la dégradation écologique agit comme un puissant multiplicateur de menaces, exacerbant les frictions géopolitiques et les défis opérationnels dans divers bassins maritimes, comme l’illustrent notamment la dynamique instable en mer Noire et l’évolution du paysage arctique. Cependant, dans ce contexte de sécurité maritime en pleine expansion, la protection du milieu marin reste une dimension subordonnée à des priorités strictement militaires et de sécurité « dure ». Ce déséquilibre structurel persiste malgré des avancées majeures en matière de capacités technologiques et d’interopérabilité intersectorielle, telles que la surveillance polyvalente et le partage de données mis en place entre l’Agence européenne pour la sécurité maritime (EMSA), Frontex et l’Agence européenne de contrôle des pêches (EFCA). À l’avenir, la proposition de loi sur les océans, attendue fin 2026, représente une occasion cruciale de combler ces lacunes persistantes. Elle offre un cadre juridique et de gouvernance essentiel pour passer d’un simple partage opérationnel des données à une véritable intégration des politiques, ouvrant ainsi la voie à une architecture européenne holistique de sécurité maritime qui fait de l’intégrité écologique un pilier central de la résilience géopolitique et de l’autonomie stratégique.